L’Iran monétise le détroit d’Ormuz avec un péage en crypto-monnaies

Un ancien haut fonctionnaire du département de la Justice américain, Sajit Raman (procureur fédéral), a analysé dans un article pour War on the Rocks comment l’Iran a transformé le détroit d’Ormuz en un système de péage souverain officiel après l’avoir fermé aux navires étrangers en février 2026. Le 18 mai, Téhéran a lancé la « Organisation du détroit du Golfe Persique » , une entité bureaucratique formelle avec son propre site web et compte X (Twitter). Cette organisation gère une « zone de surveillance et de gestion » dans le détroit, exigeant des armateurs qu’ils soumettent une « déclaration d’information du navire » (propriété, cargaison, itinéraire) par courrier électronique, puis qu’ils paient des frais pouvant atteindre 2 millions de dollars par traversée en échange d’un permis.
L’originalité du système réside dans les moyens de paiement que l’Iran accepte, qui sont délibérément choisis pour contourner les sanctions. Selon l’article, les frais peuvent être payés en bitcoin (transféré vers des portefeuilles liés au Corps des Gardiens de la révolution), en stablecoins indexés sur le dollar (comme l’USDT de Tether), ou par virements bancaires en yuan chinois via la Banque Kunlun et le système CIPS (l’alternative chinoise au SWIFT). L’Iran utilise ainsi à la fois les crypto-monnaies décentralisées et les monnaies numériques adossées au dollar pour monétiser sa position stratégique.
L’auteur souligne que les stablecoins connaissent une croissance spectaculaire : leur offre mondiale est passée de moins de 5 milliards de dollars début 2020 à près de 320 milliards en avril 2026, et leurs transactions annuelles atteignent désormais environ 17 billions de dollars (équivalent au volume de Visa). Les pays sous sanctions comme la Russie (avec son token A7A5 ayant traité plus de 70 milliards de dollars depuis 2025), le Venezuela (80 % des revenus pétroliers via stablecoins) et l’Iran exploitent ces instruments pour contourner les sanctions. L’Iran a même lancé un programme d’assurance maritime en bitcoins, « Hormuz Safe », qui pourrait générer 10 milliards de dollars par an selon les médias iraniens.
Le mécanisme opérationnel est détaillé : l’Iran applique un système de classification en cinq niveaux (les navires américains ou israéliens étant complètement interdits), puis après paiement, les navires reçoivent un code de passage radio et une escorte de la marine du Sepah le long d’une route nord. Un échange cryptographique sur l’île de Qeshm convertit les paiements en rials ou les transfère à l’étranger. Les estimations suggèrent que ce système pourrait générer jusqu’à 20 millions de dollars par jour rien qu’à partir des pétroliers, tandis que le programme d’assurance ajouterait 10 milliards par an. L’auteur conclut que l’Iran a délibérément choisi d’accepter à la fois le bitcoin (décentralisé donc impossible à bloquer) et les stablecoins (plus rapides et plus liquides), montrant une compréhension sophistiquée des nuances entre ces technologies.