Vers une architecture économique anti‑fragile : sécuriser chaîne d’approvisionnement et système de change

La conception et la mise en œuvre d’une « architecture anti-fragile » ne constituent plus une simple priorité, mais une condition essentielle pour renforcer la stabilité des fondations de l’économie nationale. Selon l’auteur, l’économie iranienne fait face, après une première phase de conflit, à un ensemble complexe de risques et de tensions géopolitiques, ce qui crée une situation d’incertitude structurelle affectant les principaux indicateurs macroéconomiques. Dans ce contexte, les politiques fondées sur des modèles classiques et linéaires perdraient progressivement leur efficacité, rendant nécessaire une transition vers des approches de résilience et d’anti-fragilité.
La résilience économique est présentée comme un impératif pour préserver la stabilité macroéconomique et garantir la continuité des structures vitales face aux chocs externes. Les périodes de calme relatif ne devraient pas être perçues comme la fin des menaces, mais comme des occasions stratégiques pour réformer les structures existantes et corriger les vulnérabilités fondamentales. Il identifie deux piliers centraux de cette transformation : la chaîne d’approvisionnement des biens stratégiques et la gouvernance du système de change, considérés comme cruciaux pour le fonctionnement global de l’économie.
L’auteur explique que la perturbation des chaînes d’approvisionnement constitue un outil majeur dans les confrontations économiques modernes. En interrompant l’accès aux intrants essentiels, ces perturbations peuvent transférer les pressions économiques vers le tissu social. Pour réduire ces vulnérabilités, il est proposé de concevoir un réseau industriel flexible, réparti et multicouche capable de maintenir les activités essentielles même en cas d’interruption soudaine des importations. La première étape consisterait à réaliser un audit analytique des chaînes de valeur dans les industries stratégiques afin d’identifier les maillons critiques fortement dépendants de sources extérieures.
Il recommande de réduire ces dépendances par un investissement ciblé visant à renforcer les capacités industrielles locales. Bien que cette approche puisse entraîner une hausse des coûts à court terme, elle est présentée comme un investissement garantissant une autonomie et une stabilité accrues à long terme. Par ailleurs, la concentration géographique des industries et infrastructures critiques dans un nombre limité de zones accroîtrait la vulnérabilité du pays face aux chocs localisés ; une stratégie de distribution territoriale équilibrée permettrait d’atténuer ce risque.
À cette dimension structurelle s’ajoute la nécessité de créer des « marges de sécurité opérationnelles » reposant sur trois éléments : la diversification des partenaires d’importation, la mise en place de chaînes d’approvisionnement parallèles, et l’accumulation calculée de stocks stratégiques selon divers scénarios de tension. La combinaison de ces leviers vise à augmenter la capacité d’absorption des chocs et à réduire le délai de réponse aux crises d’approvisionnement.
Il aborde ensuite le rôle crucial du système de change. En raison de son importance dans le financement des importations et la préservation de la valeur de la monnaie, la dépendance aux grandes devises internationales et aux systèmes conventionnels de paiement place l’économie dans une situation fragile. La concentration des revenus d’exportation sur quelques produits ainsi que la dépendance à des infrastructures financières internationales amplifient cette fragilité. Pour réduire ces risques, il est proposé d’adopter des mécanismes alternatifs : accords monétaires bilatéraux et multilatéraux, systèmes bancaires de messagerie indépendants et échanges compensés (barter), notamment dans les secteurs stratégiques comme l’énergie.