L’art du miroir (Âyneh-kâri) inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO

L’inscription récente de « l’art du miroir dans l’architecture iranienne » (Âyneh-kâri) au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO marque un tournant. Pour la première fois, une composante de l’architecture iranienne est reconnue non pas comme un objet tangible, mais comme un « savoir-faire vivant », relevant du domaine des « arts et savoir-faire traditionnels de fabrication » selon la Convention de 2003.
Cette reconnaissance souligne que ce n’est pas le bâtiment orné qui est protégé, mais bien le processus de sa création. L’Âyneh-kâri est défini comme l’art d’ornementer les surfaces architecturales (plafonds, murs, dômes, colonnes) avec des fragments de miroir taillés. Au-delà de la beauté scintillante, c’est un système complexe de compétences englobant la conception, la géométrie, la taille et le polissage des miroirs, la préparation du fond en plâtre, la combinaison avec la peinture ou la mosaïque, et une connaissance profonde du comportement de la lumière dans l’espace.
L’analyse présente plusieurs dimensions :
-Une architecture de la perception : L’Âyneh-kâri transforme la lumière en un matériau de construction immatériel. En organisant les réflexions et les réfractions, il modifie la perception de l’espace, du volume et de la profondeur, créant une « architecture de la réfraction » où les frontières visuelles se dissolvent.
-Des communautés porteuses : La transmission de ce savoir-faire s’effectue principalement par l’apprentissage en atelier, souvent dans un cadre familial ou maître-apprenti. Les « communautés porteuses » forment un réseau humain incluant architectes, maîtres artisans, apprentis, hommes et femmes, qui participent à toutes les étapes, de la conception à la narration.
-Liens avec les objectifs de développement durable : Le dossier d’inscription établit des liens concrets avec plusieurs ODD : bien-être mental (ODD 3), grâce aux espaces apaisants créés ; autonomisation des femmes et égalité des genres (ODD 5), par la participation active des femmes dans la chaîne de production ; travail décent et croissance économique (ODD 8) ; et consommation responsable (ODD 12), via la réutilisation créative des chutes de miroir.
-Défis et sauvegarde : Des menaces pèsent sur sa pérennité : diminution du nombre de maîtres artisans, pression économique sur les petits ateliers, substitution par des produits industriels et rupture de la transmission intergénérationnelle. Les mesures de sauvegarde doivent donc se concentrer sur l’éducation, la transmission des compétences, le soutien aux ateliers, et une intégration créative dans l’architecture contemporaine.
-Un outil de diplomatie culturelle : Cette reconnaissance offre à l’Iran un « nouveau langage » pour dialoguer avec le monde, présentant une image culturelle qui « multiplie la lumière au lieu de dresser des frontières ».
Cette inscription, la 27ème pour l’Iran dans ce domaine, positionne l’Âyneh-kâri comme un exemple éclatant de « patrimoine vivant », où la culture est perçue comme l’art de voir le monde avec plus de clarté, un art préservé et transmis par les générations, hommes et femmes confondus.