Un pari à 6 milliards d’euros : L’Iran veut devenir le pôle de la santé régionale

L’Iran affiche une ambition claire : transformer la médecine régénérative et les traitements avancés en moteur économique national. Sous l’égide du Centre national d’études cliniques (CRO), inauguré au sein du pôle onco‑hématologique et de thérapie cellulaire de l’hôpital Shariati à Téhéran, le pays vise 6 milliards d’euros de revenus annuels issus du tourisme médical. Ce projet, soutenu par la vice‑présidence scientifique, s’inscrit dans la loi du septième plan de développement de la République islamique.
Le vice‑président scientifique, Hossein Afshin, présente le CRO comme une “infrastructure nationale stratégique”. Il ne s’agit pas simplement d’un laboratoire, mais d’un organisme de référence pour la validation et la supervision des essais cliniques dans des domaines-clés : thérapies géniques, thérapie cellulaire, médecine régénérative, soins maternels et pédiatriques. L’objectif est de normaliser, centraliser et fiabiliser les études cliniques afin d’assurer la crédibilité scientifique et d’attirer les partenariats internationaux.
Sur le plan structurel, ce centre représente une coordination inédite entre différentes institutions : le ministère de la Santé, le Conseil supérieur de l’assurance‑maladie, l’Organisation du budget et l’Université de médecine de Téhéran. Ensemble, elles entendent harmoniser les protocoles, les guides cliniques et l’évaluation médico‑économique (HTA). Cette intégration systémique est censée rationaliser les dépenses publiques de santé, en orientant les fonds vers les traitements les plus efficaces au meilleur coût.
En termes économiques, Afshin insiste sur le double levier de ce projet : la réduction des coûts internes du système de santé et la génération de devises grâce à l’attractivité du marché iranien pour la recherche clinique internationale. Dans une région où la demande pour des soins avancés progresse rapidement, l’Iran ambitionne de s’imposer comme “le nouveau pétrole” de la région : une économie de la santé innovante, exportatrice et autosuffisante.
Sur le plan scientifique, ce CRO vise aussi à combler le fossé entre laboratoire et pratique clinique. En centralisant la gestion des données, l’analyse statistique et la validation des protocoles, il offre un environnement propice aux expérimentations certifiées et reproductibles. En outre, le projet prévoit un accent particulier sur les cancers des femmes et des enfants, dans le cadre de la politique nationale de natalité et de soutien à la santé familiale.
Enfin, la portée internationale du projet n’est pas négligeable : un CRO reconnu au niveau global ouvrirait la voie à des essais cliniques conjoints, attirerait des investissements étrangers et renforcerait la diplomatie scientifique iranienne. À travers cette initiative, le pays cherche à se projeter non seulement comme marché médical compétitif, mais comme référence scientifique régionale, alliant innovation, éthique et rentabilité.