Tensions dans le Golfe : la sécurité des câbles sous‑marins, colonne vertébrale d’Internet, plus menacée que jamais

L’intensification du conflit dans la région du golfe Persique suscite une inquiétude majeure concernant la sécurité des infrastructures numériques mondiales, en particulier les câbles sous‑marins qui assurent l’essentiel du trafic Internet international. Face à ces risques croissants, plusieurs États commencent à élaborer des plans d’urgence pour garantir la continuité de leurs communications numériques.
En Inde, le ministère des Télécommunications a récemment demandé aux opérateurs et aux entreprises spécialisées dans les câbles sous‑marins de préparer des scénarios d’urgence. Les autorités mettent en garde contre le fait que l’escalade des tensions dans les zones proches de l’Iran pourrait mettre en péril les principaux corridors de câbles qui traversent le golfe Persique et la mer Rouge, deux passages stratégiques reliant l’Asie de l’Est, l’Asie occidentale et l’Europe. Cette menace est particulièrement préoccupante puisque près de 95 % du trafic mondial de données transite par des câbles sous‑marins.
L’Inde est reliée à Internet par 17 câbles sous‑marins et 14 stations d’atterrage situées notamment à Bombay, Chennai et Kochi. Une grande partie de cette connectivité dépend de routes passant par des zones maritimes aujourd’hui considérées comme à haut risque. L’expérience des crises passées, notamment les incidents survenus en mer Rouge, montre que les réparations peuvent nécessiter plusieurs mois et entraîner une forte réduction de la capacité de transmission.
Des experts du secteur estiment que la moindre perturbation dans ces corridors pourrait avoir des conséquences notables sur l’économie numérique mondiale : ralentissement des transactions financières internationales, perturbations du commerce électronique, instabilité des réseaux sociaux et baisse d’efficacité des centres de services technologiques. Bien qu’une panne totale d’Internet soit jugée improbable, la surcharge du réseau et la baisse des débits constituent un risque réel.
Au niveau international, plusieurs projets majeurs de câbles sous‑marins sont désormais entourés d’incertitude. Le vaste projet « 2Africa Pearls », soutenu notamment par Meta et destiné à relier l’Inde à l’Asie occidentale et à l’Europe, a été suspendu. L’entreprise Alcatel Submarine Networks a indiqué que les conditions actuelles ne permettent plus d’en poursuivre la construction, repoussant sa mise en service prévue en 2026 à une date indéterminée. D’autres projets comme « SEA‑ME‑WE 6 » pourraient également subir des retards importants.
En parallèle, les opérations de maintenance deviennent de plus en plus difficiles. En raison de l’insécurité dans certaines zones maritimes, les navires spécialisés dans la réparation des câbles ne peuvent plus accéder à certaines parties du golfe Persique et de la mer Rouge. Cela prolonge les pannes existantes et réduit la capacité globale de transmission des données. Les routes alternatives, souvent plus longues, entraînent une augmentation de la latence et du congestionnement.
Ces évolutions rappellent la dépendance profonde de l’économie numérique mondiale à des infrastructures physiques souvent invisibles : les câbles sous‑marins. La situation actuelle montre que la protection de ces installations dépasse le cadre technique et s’inscrit pleinement dans les dynamiques géopolitiques contemporaines.