L’Iran rivalise avec l’Occident dans la course au froid extrême pour l’espace et l’ordinateur quantique

Une entreprise iranienne de haute technologie, dénommée « Mehris Sazan Pishtaz » (مهریسسازان پیشتاز), a réalisé des avancées significatives dans le domaine très spécialisé des technologies cryogéniques, communément appelées technologies « ultra-froides ». Ces technologies opèrent dans des gammes de températures extrêmes, définies comme étant inférieures à -150 degrés Celsius. Selon Parviz Zarouni, conseiller du directeur général de l’entreprise, les produits développés sont désormais à la hauteur des modèles fabriqués par des leaders mondiaux tels que les États-Unis, l’Italie et l’Allemagne, ce qui les place dans la catégorie des équipements rares à l’échelle internationale.
La première et principale innovation présentée est un simulateur environnemental spatial d’un genre unique. Contrairement aux modèles étrangers courants qui n’offrent généralement que deux capacités combinées (par exemple, le vide avec le froid extrême ou le vide avec la chaleur extrême), le simulateur iranien intègre trois fonctionnalités simultanées dans un seul et même appareil compact. Il est capable de recréer de manière concomitante : 1) un vide poussé simulant l’espace, 2) des températures cryogéniques descendant en dessous de -200°C, et 3) des températures élevées dépassant les +200°C. Cette capacité triadique est exceptionnelle et répond parfaitement aux besoins de test des composants spatiaux, comme les pièces de satellites, dans des conditions réalistes extrêmes et cycliques. L’avantage économique est notable : l’entreprise estime que l’utilisation de ce simulateur permet d’économiser environ 200 000 dollars par appareil par rapport à l’acquisition et à l’utilisation de solutions étrangères comparables ou moins complètes.
La deuxième réalisation technologique est un système de réfrigération atteignant l’échelle du millikelvin (mK). L’échelle Kelvin, utilisée en science, a son zéro absolu à -273,15°C. Le système développé par l’entreprise opère dans une plage de 800 à 900 mK, ce qui correspond à des températures avoisinant les -272,35°C, soit à une fraction infime au-dessus du zéro absolu. Atteindre et maintenir de telles températures représente un défi technique immense. Ces systèmes ont des applications critiques dans des domaines de recherche de pointe, notamment pour le développement des ordinateurs quantiques (où les qubits doivent souvent être maintenus à des températures extrêmement basses), la recherche en physique fondamentale, et l’aérospatiale.
Zarouni souligne que cette technologie n’est maîtrisée que par un nombre très restreint de pays (citant les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie et la Suisse) et que le développement iranien a été entièrement autofinancé et réalisé par des ingénieurs locaux, sans transfert de technologie ou investissement étranger. Sur le plan commercial, le prix annoncé est d’environ 200 000 dollars, soit un tiers de moins que les prix estimés des équivalents internationaux (environ 300 000 dollars), offrant ainsi un avantage compétitif significatif.
Au-delà de ces deux produits de pointe, l’entreprise commercialise depuis une décennie une technologie cryogénique plus « courante » mais toujours avancée : la cryopompe à vide. Ce dispositif utilise le froid intense (généré par des gaz cryogéniques comme l’hélium) pour condenser et piéger les molécules de gaz sur une surface froide, créant ainsi un vide poussé de manière très efficace et propre (sans huile). Elle se présente comme une alternative supérieure aux pompes à vide mécaniques ou hydrauliques traditionnelles dans de nombreuses applications. Ce produit a trouvé un marché stable et étendu dans le secteur médical, notamment pour le fonctionnement des appareils d’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) dans les hôpitaux, ainsi que dans les laboratoires de physique, les universités et les centres de recherche nationaux, où ses ventes se poursuivent depuis 10 à 15 ans.
L’entreprise se positionne ainsi sur un créneau technologique stratégique et à haute valeur ajoutée. En développant en interne des solutions qui rivalisent avec les meilleures productions occidentales, elle répond à un impératif d’autonomie technologique et de souveraineté nationale, particulièrement crucial pour les programmes spatiaux et de recherche quantique. Son modèle, basé sur l’investissement privé et l’expertise locale, démontre une capacité à percer dans des domaines où les barrières à l’entrée sont extrêmement élevées. Les défis restent néanmoins de taille, notamment en matière de mise à l’échelle de la production, de pénétration des marchés internationaux et de maintien de l’avance technologique face à une concurrence mondiale très agressive et bien établie.