L’Iran Lance une Réforme Économique Majeure : La « Croissance Équitable » par la Décentralisation

Le ministre iranien de l’Économie, Ali Madanizadeh, a officiellement lancé un nouveau modèle de gouvernance économique fondé sur le concept de « croissance équitable ». Cette politique ambitieuse vise à corriger les déséquilibres régionaux en décentralisant la prise de décision économique. Le pilier central de cette réforme est la création de « Commandements pour le Développement Régional », des structures opérationnelles conçues pour servir de pont entre le gouvernement central et les provinces. Leur mission est d’identifier les atouts et les défis économiques spécifiques à chaque région, de concevoir et de financer des projets de développement sur mesure, de lever les obstacles bureaucratiques et d’attirer les investissements en adéquation avec les politiques nationales. Le nord-ouest du pays, et particulièrement la province d’Azerbaïdjan oriental, a été choisi comme projet pilote pour tester ce nouveau modèle.
Cette réforme s’inscrit dans une volonté de rupture avec les modèles de développement uniformes et centralisés du passé. Le gouvernement cherche à activer les avantages comparatifs naturels de chaque territoire, en s’appuyant explicitement sur le document de l’Aménagement du Territoire qui définit les spécialisations potentielles de chaque province. L’objectif est de passer d’une logique de simple « répartition du budget » à une logique proactive de « guidage des capitaux » vers les secteurs les plus prometteurs de chaque région. Cette approche est considérée comme une condition essentielle pour atteindre l’objectif de croissance de 8% fixé par le septième plan de développement et pour instaurer une croissance plus résiliente et mieux répartie.
Si cette décentralisation est saluée comme une avancée structurelle majeure, les experts mettent en garde contre ses risques potentiels. Le succès de cette transition historique dépendra de deux facteurs clés : la stabilité dans le transfert des pouvoirs aux provinces et une coordination exceptionnelle entre les différentes agences gouvernementales. Sans un cadre réglementaire unifié, des mécanismes de transparence et de reddition de comptes robustes, une décentralisation mal maîtrisée pourrait exacerber les inégalités régionales, notamment dans la gestion de ressources stratégiques comme l’eau et les revenus pétroliers. Le défi pour Téhéran est de trouver le juste équilibre entre l’autonomie régionale et la préservation de la cohésion nationale.