Mahmoud Dowlatabadi illumine la nuit de Yaldâ à l’Université de Téhéran

La cérémonie intitulée « Lecture de récits de Mahmoud Dowlatabadi lors de la nuit de Yaldâ » s’est tenue le dimanche après-midi 30 Azar 1404, à l’initiative du département de langue et de littérature persanes de l’Université de Téhéran, sous la coordination de Mehdi Oliaei-Moqaddam, directeur de ce département.
L’événement a suscité une large participation d’étudiants, de professeurs et de passionnés de littérature. Cette rencontre culturelle s’est déroulée en présence de Mahmoud Dowlatabadi et de sa famille, une présence qui a conféré une atmosphère plus intime à l’espace formel de la salle.
Au cours de cette soirée organisée en hommage à la tradition ancestrale de la lecture de contes lors de la nuit de Yaldâ, Dowlatabadi a procédé à une lecture de récit, offrant au public des extraits de son ouvrage Les chevaux, les chevaux se croisent les uns les autres ; une œuvre tardive et marquante de son parcours littéraire qui, à l’instar de ses autres écrits, se distingue par une prose dense, rythmée et méditative, invitant le lecteur à une implication à la fois intellectuelle et émotionnelle.
Les chevaux, les chevaux se croisent les uns les autres est un récit de l’égarement de l’être humain dans les strates complexes de la mémoire et du temps. L’histoire se construit autour d’une quête à la fois extérieure et intérieure : celle d’individus à la recherche de quelque chose de perdu, sans savoir précisément ce qu’ils ont égaré.
La question centrale de l’œuvre, profondément philosophique et humaine, est la suivante : l’homme perd-il ses souvenirs, ou bien se perd-il lui-même au cœur d’un souvenir disparu ? Le récit explore progressivement les différentes strates de la souffrance humaine : la douleur de la perte, l’incapacité à retrouver le passé et la nécessité de vivre avec des souvenirs fragmentaires ou blessés.
Après la lecture du récit, le programme s’est poursuivi par une interprétation de musique traditionnelle iranienne, assurée par deux compagnons de Dowlatabadi. Les sonorités des instruments ont créé dans la salle Ferdowsi une atmosphère paisible et méditative, établissant un lien naturel entre musique et littérature.
Dans ce même climat, Dowlatabadi, accompagné par la musique, a d’abord récité un poème de Kisaï Marvazi, puis un extrait de la célèbre qasida de Roudaki ; un poème empreint de mélancolie, offrant une méditation profonde sur le passage du temps et l’usure du corps humain :
« Mes dents se sont usées et toutes sont tombées
Ce n’étaient pas de simples dents, mais des lumières éclatantes
Blanches comme l’argent, serties de perles et de corail
Elles étaient étoiles de l’aube et gouttes de pluie
Il n’en reste aujourd’hui plus aucune, toutes se sont usées et brisées
Quelle funeste destinée ! Sans doute l’influence néfaste de Saturne… »
La récitation de ces vers, accompagnée de musique en direct, a offert des instants particulièrement émouvants et a ravivé le lien ancien entre la poésie classique persane, le récit, la musique et les rites ancestraux tels que la nuit de Yaldâ.