L’Iran hisse son satellite Jam-e Jam 1 à 36 000 km : un bond stratégique pour l’indépendance de sa diffusion télévisuelle

L’Iran a franchi une étape majeure dans son programme spatial avec le lancement réussi du satellite géostationnaire Jam-e Jam 1 (nom international Iran DBS), propriété de la radiotélévision nationale (IRIB). Le décollage a eu lieu depuis le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, à bord d’une fusée lourde russe Proton-M, l’un des lanceurs les plus puissants et fiables au monde. Ce choix stratégique s’explique par la nécessité d’atteindre l’orbite géostationnaire (GEO) à 36 000 km d’altitude, une capacité que les lanceurs légers iraniens ne possèdent pas encore.
L’objectif principal de cette mission est de sécuriser la position orbitale de 34 degrés Est, attribuée à l’Iran par l’Union internationale des télécommunications (UIT). Sans lancement effectif dans les délais impartis, l’Iran risquait de perdre ce point orbital stratégique. La fenêtre de trois semaines à venir est cruciale : le satellite doit effectuer une série de manœuvres pour passer de l’orbite de transfert elliptique à une orbite circulaire stable à 36 000 km, tout en dérivant vers sa position finale de 34° Est.
Contrairement à une idée reçue, Jam-e Jam 1 n’est pas destiné à la réception directe par les antennes domestiques. Il servira de liaison de retour (backhaul) pour acheminer les signaux audio et vidéo de Téhéran vers les émetteurs terrestres à travers le pays. L’objectif est de mettre fin à la dépendance de l’IRIB vis-à-vis de satellites étrangers comme Intelsat ou Eutelsat, toujours vulnérables aux sanctions.
Ce lancement illustre une stratégie iranienne en deux volets : utiliser temporairement des capacités étrangères (la fusée Proton) pour « gagner du temps » et sécuriser les positions orbitales, tout en poursuivant intensément le développement de lanceurs lourds nationaux (Simorgh, Qoqnoos, Sarir) et d’étages supérieurs de transfert orbital (comme Saman) pour atteindre à terme une pleine autonomie.