L’Artisanat, Levier d’Autonomie Économique et de Transmission Culturelle pour les Femmes du Kurdistan

Dans la région du Kurdistan iranien, l’artisanat traditionnel se révèle être bien plus qu’une simple expression culturelle ; il est un puissant vecteur d’autonomisation économique pour les femmes, en particulier les mères au foyer. Le témoignage d’artisanes comme Leila Karimi illustre comment des compétences ancestrales, telles que la broderie (« suzan-douzi »), leur permettent de générer un revenu tout en préservant un héritage culturel précieux. Cette activité transforme leur rôle au sein du foyer : en contribuant financièrement à l’économie familiale, elles gagnent en estime de soi et en reconnaissance, ce qui renforce la stabilité et le bien-être de toute la famille. L’artisanat devient ainsi un pont tangible entre le passé et l’avenir, où l’aiguille et le fil servent à la fois à perpétuer la mémoire et à « reconstruire » l’indépendance financière des femmes.
Cependant, le potentiel de cet artisanat pour créer un emploi durable et lutter contre le chômage et l’exode rural des femmes reste sous-exploité. Pour que cette voie d’émancipation puisse s’élargir, un soutien structurel est indispensable. Les artisanes ont besoin de débouchés commerciaux stables, comme des marchés permanents et une présence en ligne renforcée, pour écouler leur production. L’accès à des prêts financiers adaptés, une couverture sociale (assurance) et la participation à des expositions nationales et régionales sont autant de leviers critiques qui pourraient transformer une activité artisanale informelle en une véritable filière économique viable et respectueuse de la culture locale.
En définitive, investir dans l’artisanat porté par les femmes est une stratégie de développement durable à multiples facettes. Cela permet de concilier la préservation d’un patrimoine immatériel avec la création d’emplois locaux, la réduction des inégalités de genre et le renforcement de la cohésion sociale. L’expérience de Leila Karimi, qui forme elle-même d’autres femmes, démontre l’effet multiplicateur de cet engagement. La pleine réalisation de ce potentiel nécessite une synergie entre les institutions gouvernementales, le secteur privé et la société civile pour offrir à ces artisanes les moyens de transformer leur talent en une véritable force économique et culturelle.