Face au géant canadien, l’Iran lance un nanofabricant de médicaments 20 fois moins cher

Une entreprise iranienne de haute technologie, « Samaneh Behboud Darman Nano-Sentes » (Système d’Amélioration Thérapeutique Nano-Synthèse), a conçu et fabriqué un dispositif avancé de nanosynthèse de médicaments et de vaccins. Ce système, basé sur la technologie microfluidique, représente une réponse technologique à un monopole détenu jusqu’ici par une entreprise canadienne. Le projet est né pendant la pandémie de Covid-19 en 2020, avec l’objectif initial de produire des vaccins à ARNm en encapsulant l’ARN dans des nanoparticules lipidiques (LNP), à l’instar des vaccins Pfizer et Moderna.
L’application principale du dispositif est la production de nanovecteurs ou nano-transporteurs (nano-carriers) pour des médicaments, notamment en oncologie. Ces vecteurs permettent un ciblage précis des tissus malades (comme les tumeurs), réduisant ainsi les effets secondaires, en minimisant la perte du principe actif et en permettant l’utilisation de doses plus faibles. La méthode microfluidique, popularisée par la production des vaccins anti-Covid, permet une fabrication contrôlée et reproductible de ces nanoformulations.
L’entreprise revendique des avantages compétitifs majeurs face au modèle canadien. Le prix de l’appareil iranien est d’environ 700 millions de tomans (soit 5 000 à 7 000 dollars), ce qui représente à peine 5 à 7% du coût du dispositif canadien estimé à 100 000 dollars. L’avantage technique clé réside dans la conception de sa puce (chip) microfluidique, qui est réutilisable, contrairement à la puce jetable à 50 dollars par utilisation du concurrent. L’appareil offre également une meilleure interface utilisateur et intègre un système de chauffage pour le contrôle thermique des formulations.
Le dispositif est commercialisé sous deux marques : « InSight » (modèle de laboratoire) et « Inspire » (modèle industriel). Il a déjà été vendu à 17-18 centres universitiques, de recherche et entreprises privées en Iran, et a même été exporté vers le Venezuela. Des négociations sont en cours, notamment avec la Nouvelle-Zélande. Les clients cibles sont les universités, les centres de R&D pharmaceutique et cosmétique, et les entreprises spécialisées dans les nanotechnologies.
Cependant, l’entreprise soulève d’importants défis structurels. Elle dénonce les coûts prohibitifs pour participer aux salons nationaux et internationaux (pouvant atteindre 60 millions de tomans par événement), ce qui limite sa visibilité. Le manque de financement pour la R&D (grants) bloque le développement de nouveaux projets et l’amélioration de l’appareil. Malgré des soutiens passés du Vice-Président pour la Science et de l’Initiative nationale sur les nanotechnologies, l’entreprise réclame un soutien financier et logistique accru, notamment une diplomatie économique et scientifique active via les ambassades pour faciliter l’accès aux marchés étrangers et la participation à des conférences internationales. Elle identifie également le manque de budget dans les universités comme un frein aux ventes domestiques.