Et si Jésus était né en Irak ? La thèse audacieuse d’un savant chiite

Dans un essai détaillé, le savant chiite irakien Sheikh Jalal al-Din al-Saghir remet en question le lieu de naissance traditionnellement attribué à Jésus (Bethléem en Palestine) et avance une thèse audacieuse basée sur une réinterprétation des sources islamiques. Son argumentation repose principalement sur une lecture critique des données géographiques du Coran concernant la naissance de Jésus (Îsâ). Il souligne des incohérences : le Coran mentionne un palmier et des dattes fraîches durant l’accouchement, mais Bethléem et la Palestine en général ne possédaient pas de palmiers à cette époque. De plus, le texte coranique utilise les termes « distant » (قصیاً) et « oriental », indiquant que Marie (Maryam) a quitté son lieu de résidence pour une région éloignée à l’est.
Al-Saghir passe en revue les traditions chiites (riwayāt) sur le sujet, qu’il classe en trois tendances. La première, minoritaire et ressemblant aux récits sunnites et chrétiens, localise la naissance à Bethléem. Il émet des doutes sur cette version, suggérant qu’elle pourrait être due à la pratique de la dissimulation (taqiyya). La deuxième catégorie de traditions, plus nombreuse, place la naissance en Irak, près de l’Euphrate, avec des références spécifiques à Karbala. La troisième et plus importante catégorie identifie le lieu à Baratha, un célèbre mosquée à Bagdad. Il cite notamment une tradition selon laquelle l’Imam Ali aurait identifié Baratha comme la « maison de Marie et la terre de Jésus ».
Pour étayer cette dernière thèse, l’auteur apporte des indices historiques et archéologiques concernant la mosquée de Baratha. Il mentionne que le nom « Baratha » serait d’origine syriaque, signifiant « Fils des Merveilles », une épithète qu’il juge applicable uniquement à Jésus. Il note également la présence dans la mosquée d’une pierre blanche datant de l’époque romaine et d’une pierre noire d’origine minérale, dont l’ancienneté serait attestée par le Musée irakien. Une légende associée à l’Imam Ali rapporte qu’une source d’eau douce aurait jailli à cet endroit lorsqu’il souleva une pierre, un miracle qu’il relie au récit coranique de la source créée pour Marie.
En conclusion, Sheikh al-Saghir affirme que l’hypothèse de la naissance à Bethléem est en contradiction avec les données coraniques. Il estime que la majorité des traditions chiites, plus cohérentes avec le texte sacré, convergent pour situer la naissance de Jésus en Irak, soit près de l’Euphrate/Karbala, soit à Baratha à Bagdad, renforçant ainsi un lien sacré entre la terre irakienne et une figure prophétique majeure de l’islam et du christianisme.