D’une jaunisse familiale à une photothérapie nationale : le pari d’une entrepreneure iranienne

Le parcours de Fatemeh Sadat Bakhshayesh est un exemple marquant d’innovation sociale et médicale née d’une expérience personnelle. En 2019, alors qu’elle était étudiante en ingénierie des équipements médicaux à l’Université de Chiraz, elle a été confrontée à la jaunisse du nouveau-né d’un membre de sa famille. Cette expérience, bien que commune, lui a révélé les limites des solutions existantes : les dispositifs de photothérapie traditionnels étaient coûteux, encombrants et non portables, obligeant les familles à des hospitalisations prolongées et stressantes. Constatant que la qualité des appareils ne correspondait pas à leur prix élevé, elle a décidé de relever le défi.
Son objectif était clair : concevoir un appareil de photothérapie léger, portable, sûr et économique. Son idée directrice était de créer un dispositif si compact qu’il pourrait être « transporté même par un coursier à moto », tout en restant abordable pour les familles et les petits centres de santé. Malgré la proposition d’un emploi public stable à Chiraz et les réticences initiales de sa famille, elle a choisi la voie risquée de l’entrepreneuriat. Son projet a été validé par le Parc scientifique et technologique, lui donnant le feu vert pour le développement.
Elle a fondé la société « Bernateb », une entreprise de haute technologie (knowledge-based company) dans sa ville natale de Dehdasht, dans la province du Kohgiluyeh et Buyer Ahmad. Cette décision était motivée par un désir de créer des emplois locaux dans une région confrontée au chômage des jeunes talents. Bernateb est ainsi devenue la première entreprise de ce type dans cette ville. Aujourd’hui, l’entreprise emploie au moins 16 personnes directement et indirectement, sous-traitant une partie de la production à des ateliers locaux. Ses appareils sont désormais expédiés dans toutes les provinces d’Iran, démocratisant l’accès à ce traitement.
Cependant, son succès rencontre des obstacles structurels. L’entreprise opère toujours dans la propriété privée de son père, faute d’un siège social et d’un espace de production indépendant adapté à son expansion. De plus, Bakhshayesh déplore le manque de soutien aux talents des régions, une situation qui, selon elle, provoque une fuite des cerveaux vers les grandes métropoles. Son histoire reste malgré tout un récit inspirant de transformation d’un problème personnel en une innovation nationale, symbolisée par la lumière bleue curative de la photothérapie, devenue métaphore de l’espoir et de la persévérance.