Dehkhoda, le géant qui a consacré sa vie à la langue persane, 70 ans après sa disparition

Le 7 Esfand 1334 (26 février 1956), l’Iran perdait l’une de ses plus grandes figures intellectuelles : Ali Akbar Dehkhoda, auteur du monumental Loghatnameh (Dictionnaire Dehkhoda) , une œuvre qui incarne l’amour de la langue persane et de la culture iranienne. Né en 1879 dans le quartier de Sangalaj à Téhéran, Dehkhoda reçut une éducation traditionnelle approfondie pendant dix ans avant d’intégrer l’École des sciences politiques, l’une des premières institutions d’enseignement supérieur moderne en Iran.

Sa vie fut marquée par son engagement dans la Révolution constitutionnelle (Mashrouteh), où il devint un pionnier du journalisme politique et satirique. Ses articles dans le journal Sur-e Esrafil, rassemblés plus tard dans Charand o Parand, créèrent un nouveau genre littéraire mêlant critique sociale et politique, avec une attention particulière pour les classes défavorisées. Cette plume acérée lui valut l’hostilité des partisans de l’absolutisme et un exil en Europe après le coup d’État de Mohammad Ali Shah.

C’est après la Première Guerre mondiale, sous le règne de Reza Shah, que Dehkhoda se retira de la vie politique pour se consacrer entièrement à son grand œuvre. Conscient que l’Iran avait besoin d’un dictionnaire complet pour assimiler les connaissances modernes et préserver la langue persane, il entreprit un travail titanesque de 40 ans. Sur de simples papiers de cigarettes, il accumula plus de deux millions de fiches de notes, avant de commencer la rédaction proprement dite avec la collaboration de Mohammad Moein, Seyed Jafar Shahidi et 70 autres spécialistes. L’ouvrage complet fut finalement publié en 1980.

Le Loghatnameh n’est pas un simple dictionnaire : c’est une encyclopédie linguistique qui, pour chaque mot, fournit de multiples exemples tirés de la littérature classique, les définitions des dictionnaires antérieurs, et même des équivalents arabes, évitant au lecteur de consulter d’autres sources. Mohammad Reza Shafiei Kadkani a pu dire : « À chaque minute, quelque part dans le monde, quelqu’un consulte le Loghatnameh de Dehkhoda. » Dehkhoda lui-même expliqua sa motivation : seule la « victimisation de l’Orient face aux oppresseurs occidentaux » put le pousser à endurer tant de souffrances pour cette œuvre, lui qui n’avait besoin ni de renom ni d’argent. Ce monument de la langue persane reste aujourd’hui encore la référence incontournable pour quiconque étudie la littérature et la culture iraniennes.

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