De six étudiants à rivaux des géants pharmaceutiques : l’épopée du nanomédicament iranien

L’histoire de la société iranienne de haute technologie « Nano Darou Pajouhan Pardis » est un récit remarquable de rupture d’un monopole pharmaceutique mondial. Fondée en 2011 par un petit groupe de six internes en pharmacie et étudiants de l’Université de Téhéran, la société s’est attaquée au défi de la délivrance ciblée de médicaments anticancéreux. Alors qu’ils étaient à l’origine « au chômage » après leurs études, leur volonté de passer du milieu académique aux affaires a donné naissance à une entreprise innovante.
Leur technologie de pointe repose sur un système de délivrance de médicaments (Drug Delivery System) intelligent, exploitant les propriétés uniques des nanoparticules. Au lieu d’utiliser la chimiothérapie traditionnelle, qui attaque indistinctement les cellules saines et cancéreuses (provoquant des effets secondaires sévères comme la chute des cheveux), l’entreprise a conçu une solution ciblée. Ils ont lié un médicament anticancéreux à la protéine d’albumine pour créer une nanoparticule de 130 nanomètres. Grâce au phénomène de perméabilité accru des vaisseaux sanguins irriguant les tumeurs, ces particules peuvent s’échapper du flux sanguin et s’accumuler spécifiquement dans le tissu cancéreux, tout en étant trop grosses pour pénétrer les vaisseaux sains aux parois serrées. Cette approche représente une thérapie ciblée révolutionnaire.
Leur principal produit, un nanomédicament pour le cancer du pancréas, du sein et du poumon, a brisé le monopole détenu par une seule entreprise américaine dont les ventes annuelles dépassaient le milliard de dollars. Le parcours a été semé d’obstacles : risque de faillite, volatilité des devises, et surtout un vide réglementaire majeur. Les autorités sanitaires iraniennes n’avaient aucun cadre pour approuver un nanomédicament à base de protéines, contrairement aux lipides. Le processus d’approbation, qui aurait dû durer 3 mois, a pris 14 mois pour établir de nouvelles normes.
Le succès est venu de manière inattendue. Une demande spontanée de Turquie, suivie d’une visite de représentants de grandes entreprises, a lancé leur aventure à l’export. En décrivant non seulement leur produit mais aussi leur vision et leur pipeline de développement, les fondateurs ont convaincu leurs partenaires. Trois mois plus tard, ils devenaient le premier exportateur iranien de nanomédicaments anticancéreux vers la Turquie. Depuis 2017, leurs exportations totales ont atteint environ 15 millions d’euros, les plaçant régulièrement parmi les 10 principaux exportateurs de produits pharmaceutiques d’Iran. Aujourd’hui, seules quatre entreprises dans le monde maîtrisent cette technologie, dont cette société iranienne née de la persévérance de six jeunes diplômés.