Au-delà des ruines : la peinture comme acte de présence

L’exposition de peinture d’Abdolhamid Pazouki, intitulée « 12 jours », qui présente une série d’œuvres influencées par la guerre imposée de douze jours, a débuté le 21 Azar à la galerie Sohrâb et a été prolongée jusqu’au 13 Dey.

Les peintures de Pazouki présentées dans cette exposition sont réalisées en noir et blanc, et l’on y observe peu de poésie ; ces œuvres se veulent davantage réalistes. Selon l’artiste, le temps l’a aidé à atteindre cette franchise, et la situation du pays — en particulier durant la guerre de douze jours — l’a poussé à fouetter la toile par la couleur. En réalité, cette série de peintures est devenue pour lui un moyen de libérer et de décharger ses émotions.

Hojjat Amani, peintre, a rédigé un texte à propos de l’exposition d’Abdolhamid Pazouki, que vous pouvez lire ci-dessous.

« Le support de la toile, à différentes époques de l’histoire de la peinture, a été le témoin de multiples formes de représentation des réactions des artistes plasticiens face aux épreuves extérieures et intérieures, notamment aux catastrophes de la guerre ; de Guernica de Picasso dans le monde occidental jusqu’aux guerres représentées dans les petits formats des miniatures iraniennes, qui donnent une forme visuelle à ces événements.

L’artiste qui vit la guerre malgré lui crie intérieurement son orgueil, sa colère, sa tristesse, son chagrin, sa nostalgie et sa douleur ; il cherche un moyen d’exprimer sa réaction. Parmi ces moyens, les peintres ont le plus souvent choisi la toile comme compagne intime afin de faire émerger leur expérience sous une forme visuelle.

L’Iran, situé au cœur du Moyen-Orient, a traversé de nombreuses guerres, et les artistes ont exprimé leurs réactions plastiques de diverses manières et à travers différents langages. C’est pourquoi une part importante de la culture visuelle et plastique iranienne est consacrée à ce thème.

Après la Révolution, la ville de Téhéran a été frappée à deux reprises par des attaques de guerre : la première en 1987-1988, et la seconde lors de la récente guerre de douze jours, lorsque la guerre a atteint les villes et les maisons, sans que la population puisse réellement se défendre. Ainsi, les réactions populaires se sont manifestées sous différentes formes dans les espaces virtuels, tandis que les artistes plasticiens ont donné une autre forme à leurs réactions personnelles.

Abdolhamid Pazouki, dont le parcours artistique est surtout connu pour des séries de fleurs et de motifs végétaux empreints d’un imaginaire oriental, a inscrit dans sa récente série intitulée « 12 jours » son expérience de la guerre sous la forme d’un geste pictural à caractère expressif. Bien que ces œuvres soient nées de la guerre, il me semble que ces lignes et ces formes sont dépourvues de peur ; elles crient davantage l’orgueil qu’elles ne suggèrent la tristesse, et, au lieu de raconter la destruction, elles sont pleines de présence et de vie. Même les couleurs grises et noires sont utilisées de telle manière qu’elles ne transmettent pas la mélancolie, mais évoquent plutôt les souvenirs et l’imaginaire du peintre.

Autrement dit, face à la guerre, le peintre crie : Je suis vivant. Cette présence constitue en elle-même une forme de résistance à l’agression contre la vie. Ce type de peinture est le souvenir de la victoire de l’intériorité sur l’ennemi, et c’est ainsi que la toile continue de soutenir le geste pictural. »

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