Reza Shah a confisqué le Shahnameh aux nomades pour étouffer leur esprit guerrier

Le Shahnameh (Livre des Rois) de Ferdowsi, qui a connu un regain d’intérêt en Iran pendant la guerre israélo-américaine, occupe une place particulière chez les tribus nomades (Ashayer) du pays. Selon une recherche de Mohammad Jafari Qanavati, de nombreuses tribus font remonter leur lignée aux héros du Shahnameh : les Rostami de Mamasani descendent de Rostam, les Ourmanis également, des branches kurdes de Lar se réclament de Milad-e Gorgin ou de Piran-e Viseh, les Kordesh-e Pirani de Piran, les Kordesh-e Kalhor de Farhad, les Goorani de Bahram-e Gour, et les Qaed-e Givi de Boyer Ahmad (descendants des Kiyaniens). L’auteur rapporte même un exemple de lettre d’un Khan boyerahmadi citant des vers de Goudarz pour exprimer sa méfiance envers un autre chef.
Le Shahnameh était si important pour les nomades que lorsqu’il n’y avait personne de lettré parmi eux, ils arrêtaient les caravanes, prenaient une personne alphabétisée, la mariaient et exigeaient en retour qu’elle leur lise le Livre des Rois. Pendant les guerres, ils s’identifiaient aux héros (Rostam, Sohrab, Siavash) et récitaient des vers épiques appropriés sur le champ de bataille. Les Bakhtiari utilisaient le Shahnameh pendant la guerre constitutionnaliste (1905-1911).
Sous le règne de Reza Shah Pahlavi, en même temps que la sédentarisation forcée des tribus nomades, un ordre fut donné pour confisquer tous les exemplaires du Shahnameh parmi les Ashayer. Selon Qanavati, il existe de nombreux rapports documentant cette confiscation, y compris un cas où le propriétaire d’un manuscrit a été tué par des agents du gouvernement pour avoir refusé de le remettre. Le régime craignait que les récits épiques du Shahnameh n’attisent l’esprit guerrier des nomades et ne suscitent la rébellion – une crainte partagée bien au-delà des frontières iraniennes, puisque les autorités de Bakou interdisaient également la récitation du Shahnameh de peur de déclencher des émeutes populaires.