L’Iran lance sa constellation de 24 satellites « Ghasem » : un tournant pour sa souveraineté spatiale

L’Iran développe une constellation de satellites en orbite basse (LEO) nommée « Shahid Soleimani », composée de 24 satellites baptisés « Ghasem 1 » à « Ghasem 24 ». Cette initiative vise à rejoindre le cercle restreint des puissances spatiales capables de déployer une constellation nationale, face à la concurrence des géants mondiaux comme Starlink (États-Unis), les projets chinois Guowang et Qianfan, le projet européen Iris², et le projet russe Sfera.
Les satellites en orbite basse (entre 200 et 2 000 km d’altitude) offrent des avantages stratégiques majeurs : une latence inférieure à 50 millisecondes, une couverture mondiale à moindre coût, et surtout une résilience exceptionnelle due au principe de redondance. Contrairement aux satellites géostationnaires (36 000 km) dont la destruction peut paralyser tout le réseau, une constellation LEO composée de milliers de petits satellites peut survivre à la perte de dizaines d’unités, qui peuvent être rapidement et à moindre coût remplacées.
Ces constellations représentent aussi un enjeu de souveraineté informationnelle critique. L’expérience du Venezuela a montré que Starlink pouvait activer des services sans autorisation gouvernementale, tandis qu’en Ukraine, les terminaux Starlink sont devenus l’épine dorsale des communications militaires après la destruction des infrastructures terrestres. Pour l’Iran, disposer d’une constellation nationale est donc une nécessité vitale pour contrer les menaces à la souveraineté des données et garantir les communications en temps de crise.
Le projet Shahid Soleimani, dirigé par un consortium public-privé, comprend d’abord des prototypes test nommés « Hâtef » (signifiant « messager »). Les responsables ont choisi ce nom pour ne pas associer le nom du général Qassem Soleimani à des prototypes potentiellement défaillants. Les sous-systèmes sont déjà fournis, avec les tests de validation en cours. Selon le chef de l’Agence spatiale iranienne, Hassan Salarieh, la construction des 24 satellites principaux devrait être achevée en 1405 (2026-2027), avec plusieurs lancements consécutifs prévus dans l’année.
Cette constellation de bande étroite (narrowband) démontre la double approche iranienne : développer des capacités de constellations LEO tout en poursuivant l’amélioration de ses lanceurs (Simorgh, Zoljanah, Qaem). Pour l’Iran, il s’agit d’un domaine où le retard serait irrémédiable, car les grandes puissances sont en train de « s’approprier » l’orbite basse et d’établir de nouvelles règles qui marginaliseraient les pays sans constellation nationale.