Des rayons gamma contre le gaspillage : la technologie nucléaire au secours du soja

Le soja, source essentielle de protéines végétales, subit des pertes post-récolte considérables, atteignant 15 à 20 % en raison de l’infestation par des insectes et du développement de champignons producteurs d’aflatoxines (comme Aspergillus flavus), particulièrement dans les régions tropicales. La technologie nucléaire, via l’irradiation des aliments, se présente comme une solution efficace et éprouvée pour réduire ces pertes à moins de 2 %. Il s’agit d’un procédé physique utilisant des rayonnements ionisants (rayons gamma, rayons X ou faisceaux d’électrons) qui pénètrent la matière et neutralisent les organismes nuisibles en endommageant leur ADN, sans augmenter significativement la température des grains et sans rendre l’aliment radioactif.
La méthode offre des avantages décisifs par rapport aux techniques traditionnelles comme la fumigation chimique. Elle ne laisse aucun résidu chimique, préserve la qualité nutritionnelle et fonctionnelle des protéines de soja, et son pouvoir de pénétration homogène est adapté aux grands volumes stockés en vrac ou en sacs. L’irradiation au Cobalt-60 (rayons gamma) est la plus courante pour le soja en raison de sa grande capacité de pénétration. La dose typique varie de 0,5 à 1,5 kGy pour le contrôle des insectes et de 2 à 4 kGy pour inhiber les moisissures. Ce traitement peut prolonger la durée de conservation jusqu’à 18 mois dans des conditions standard, éliminant ainsi les besoins en traitements chimiques répétés et réduisant les coûts de surveillance.
Malgré ses atouts, le déploiement de cette technologie dans les pays en développement se heurte à des obstacles majeurs. L’investissement initial élevé (plusieurs millions de dollars pour une unité au cobalt), le manque d’expertise technique spécialisée, les craintes du public malgré l’approbation de l’OMS et de l’AIEA, ainsi que des cadres réglementaires complexes freinent son adoption. Des solutions existent, comme la création de centres régionaux partagés ou le recours à des accélérateurs d’électrons (faisceaux d’électrons) ne nécessitant pas de source radioactive.
L’article conclut que l’irradiation du soja est une technologie mature, utilisée dans plus de 60 pays, qui contribue directement à la sécurité alimentaire et à la réduction des pertes post-récolte. Son succès nécessite une approche intégrée combinant soutien politique, coopération technique internationale, investissements stratégiques et campagnes d’information pour dissiper les idées reçues sur les applications pacifiques du nucléaire.